Café Genre à l’Assemblée nationale : quelles réformes pour une égalité politique réelle en 2028 ?
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« Au-delà des textes et des annonces, il faut un accompagnement stratégique et structuré pour susciter l’implication des femmes et lever les blocages profonds. Les réformes, aussi bien intentionnées soient-elles, doivent être accompagnées de moyens concrets pour un encrage réel des communautés », a exhorté Mme Dominique Munongo, honorable rapporteuse Adjointe de l’Assemblée Nationale, lors du café genre organisé par ONU Femmes en partenariat avec l’Assemblée nationale, la CENI et le ministère du Genre, le 12 juin 2025 à Kinshasa.
Cet événement marquant a abordé le thème : « Quelles réformes pour faire avancer la participation politique des femmes en 2028 ? ». Un rendez-vous inédit qui a réuni 182 participants représentant les différentes parties prenantes aux élections.
Au cours de ce spécial café genre, le rapporteur du Bureau, l’Honorable Jacques Ndjoli, a annoncé que l’Assemblée nationale soutiendra les réformes visant à la mise en place de mécanismes de discrimination positive.
A travers ce café genre, ONU Femmes a contribué à créer une véritable fenêtre d’opportunité pour fédérer ces différentes initiatives en vue d’inscrire l’égalité de sexes au cœur des réformes politiques à venir et à les discuter avec les parlementaires.
Plusieurs acteurs intervenant sur des questions de réformes électorales ont pris part à cet événement. Il s’agit notamment des honorables députés et sénateurs, la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI), les réseaux d’élues locales, les partis politiques, les missions d’observation locales, et les agences de l’ONU.
Vers une mutualisation des efforts pour repenser le cadre électoral
L’année 2024 constitue une avancée exceptionnelle dans la perspective des réformes électorales en faveur de la participation politique des femmes en RDC, marquant le lancement anticipé d’un processus souvent amorcé bien tard dans le cycle électoral.
Cette dynamique inédite est activement soutenue et facilitée par ONU Femmes, qui accompagne les partenaires nationaux dans la définition d’une vision partagée en amont des élections de 2028.
L’élaboration d’une feuille de route nationale pour renforcer la représentation des femmes au 5ème cycle électoral, pilotée avec l’appui d’ONU Femmes en 2024, en est l’une des premières concrétisations.
Dans le prolongement de ce cadre de référence, le Ministère du Genre, Famille et Enfants a développé la Stratégie nationale de la masculinité positive (validée) et la Stratégie sur la participation politique des femmes (en cours de validation).
La Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI), quant à elle, a également publié sa feuille de route électorale ainsi qu’un rapport d’évaluation à mi-parcours du processus 2021–2024.
En mars 2025, ONU Femmes avait également accompagné la célébration de la 1ère édition de la Masculinité positive, au cours de laquelle a été lancé un acte d’engagement signé par 150 parlementaires visant à initier des réformes de la loi électorale et des partis politiques, en faveur d’une meilleure inclusion des femmes.
Les propositions concrètes afin d’améliorer le cadre juridique électoral
L’article 14 de la Constitution congolaise garantit la parité dans toutes les institutions. Pourtant, ce principe n’a pas encore été traduit dans des lois contraignantes.
Afin d’y remédier, Mme Catherine Odimba, représentante adjointe d’ONU Femmes en RDC, a proposé de transformer le principe de parité en une obligation juridiquement contraignante, à travers l’instauration du système de listes bloquées alternées homme-femme pour les scrutins proportionnels et la révision des conditions d’accès aux candidatures indépendantes. Elle a ensuite plaidé pour la création, par voie législative, d’un Fonds national d’appui aux candidatures féminines, géré de manière transparente, afin de lever les barrières financières.
Mme Grace Lula, coordinatrice nationale du Cadre de concertation des femmes congolaises (CAFCO) a insisté sur la nécessité de mettre en place des dispositifs légaux assurant la sécurité des femmes candidates et des mécanismes de médiation des conflits électoraux. Elle a proposé la réforme de l’article 13 de la loi électorale, en vue d’instaurer une sanction par l’irrecevabilité des listes non paritaires, conformément à la Constitution.
Pour sa part, Mme Annie Matundu Mbambi, conseillère en genre au ministère du Genre, Famille et Enfant, a souligné l’importance de réformes introduisant des mécanismes contraignants dans la loi électorale, gage d’une représentation significative des femmes lors des élections de 2028.
Cette position a été soutenue par M. Albert Bope Lobo Bundwoong, Professeur et Conseiller au ministère des Personnes vivant avec Handicap. Il en outre a plaidé pour l’introduction d’un quota spécifique parmi les reformes pour encourager la participation des femmes vivant avec handicap dans le processus électoral.
Le débat est lancé pour construire une stratégie commune pour faire avancer les réformes en faveur des femmes.
Les travaux se sont conclus sur un engagement collectif renforcé traduisant une mobilisation interinstitutionnelle inédite, une identification partagée des réformes légales prioritaires, la création d’un espace de coordination entre parties prenantes, et la préparation d’une synthèse des réformes accompagnée d’un plan de suivi à partager avec l’ensemble des participants.
ONU Femmes s’engage à poursuivre son appui technique en RDC, afin que l’égalité des sexes dans la sphère politique ne soit plus une ambition, mais une réalité.