100 milliards de dollars de transferts de fonds vers l’Afrique : un levier pour l’égalité des sexes et le développement local

Date:

Sustainable Philanthropy and Remittances for Gender Equality and Women Empowerment

Dakar, le 5 juin 2025 — Alors que l’Afrique reçoit chaque année plus de 100 milliards de dollars en transferts de fonds et plusieurs milliards supplémentaires sous forme de dons philanthropiques, une nouvelle ambition voit le jour : reconsidérer ces flux financiers non pas comme des gestes de charité, mais comme des capitaux stratégiques pour promouvoir l’égalité des sexes et un développement inclusif.

Du 2 au 3 juin 2025, ONU Femmes et la Fondation Ford ont co-organisé à Dakar une Conférence régionale de haut niveau sur la philanthropie durable et les transferts de fonds pour l’égalité des sexes. L’événement a réuni plus de 150 leaders issus de la philanthropie, des finances, des gouvernements, de la technologie et de la société civile afin d’examiner comment aligner les ressources disponibles en Afrique sur l’objectif urgent de l’autonomisation des femmes et des filles.

Des soins maternels à l’agriculture en passant par le textile, les entreprises dirigées par des femmes constituent l’épine dorsale des économies africaines, mais l’accès au capital reste un obstacle majeur. Les participants ont partagé des exemples concrets montrant comment les transferts de fonds peuvent devenir des opportunités—lorsqu’ils sont perçus comme des investissements à long terme et délibérés plutôt que de simples envois ponctuels.

« Il ne s’agit pas d’aide, mais de redistribution du pouvoir et de transformation structurelle », a déclaré Dr. Catherine Chi-Chi Aniagolu, Directrice régionale de la Fondation Ford pour l’Afrique de l’Ouest.
 « Nous devons construire une nouvelle architecture de la générosité, centrée sur la voix et le leadership des femmes africaines. »

Redéfinir l’engagement de la diaspora

Les participants ont insisté sur la nécessité de repenser la manière dont nous engageons la diaspora africaine—non plus seulement comme une source de transferts, mais comme partenaire du développement et vecteur de savoir.

Ils ont plaidé pour des partenariats structurés entre les réseaux de la diaspora, les organisations locales et les institutions publiques. Plusieurs intervenants ont appelé à investir davantage dans la mobilisation communautaire et le changement de récits afin d’amplifier les initiatives africaines soutenues par la diaspora. Ils ont également souligné l’importance de mesurer de manière rigoureuse l’impact des transferts de fonds sur les femmes et de créer des mécanismes d’investissement sensibles au genre.

« Les transferts de fonds sont une réussite discrète, peut-être inattendue », a déclaré Kofi Appenteng, Président de l’African American Institute. « Mais toute tentative de les développer doit rester ancrée dans les besoins et les voix de ceux qui envoient et reçoivent—notre devoir est de rendre visibles les femmes et les filles africaines, non pas seulement comme bénéficiaires, mais comme architectes de leur propre avenir. »

La conférence a également mis en avant l’importance de développer les bons produits financiers et un environnement favorable. Paul-Harry Aithnard, Directeur régional du groupe Ecobank, a ajouté : « Envoyer de l’argent au pays ne doit pas se limiter à la consommation. Avec des politiques adéquates et des produits d’investissement adaptés, les capitaux de la diaspora peuvent devenir un moteur stratégique du développement. »

De la charité à l’autonomisation

Des fondations et institutions financières ont décrit comment leurs modèles de financement évoluent vers des approches plus inclusives, féministes et ancrées localement.

« Lorsque nous avons lancé la subvention de la Fondation Tony Elumelu en 2015, la majorité des candidats étaient des hommes », a rappelé Oniye Okolo, Responsable des politiques et partenariats. « Aujourd’hui, 45 % de nos bénéficiaires sont des femmes. Notre objectif est de bâtir un écosystème où les femmes peuvent s’épanouir et diriger. »

« Dans toutes nos actions de plaidoyer et de sensibilisation, nous veillons à placer les femmes et les filles au centre et à répondre à leurs besoins en matière de financement et de mentorat, y compris dans le secteur informel », a déclaré Elisa Desbordes, Directrice générale de la Fondation Ecobank.

Les acteurs financiers ont souligné le besoin de réformes politiques et de solutions fintech inclusives pour réduire les inégalités numériques et financières, notamment pour les entrepreneures rurales.

« Lorsque les femmes s’épanouissent, tout le monde en profite. C’est pourquoi notre stratégie d’inclusion financière met les femmes au centre—pas seulement comme bénéficiaires, mais comme moteurs de transformation économique », a déclaré Mme Ndeye Amy Ngom Seck, au nom de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest. « Réorienter ne serait-ce qu’une partie des transferts de la diaspora vers leur autonomisation pourrait avoir un effet réellement transformateur. »

Innovation et prochaines étapes


De la santé maternelle à l’entrepreneuriat vert, la conférence a montré comment des transferts de fonds et des dons bien alignés peuvent catalyser des changements durables. Les participants ont proposé de connecter les capitaux de la diaspora, les fonds privés et les soutiens philanthropiques aux initiatives locales portées par les femmes, via des outils numériques, des plateformes communautaires et des partenariats public-privé.

La conférence s’est achevée sur un appel fort à l’action : « Il faut cesser de voir les transferts de fonds et la philanthropie comme de la charité. Ce sont des leviers stratégiques pour un changement durable et inclusif », a déclaré Dr. Maxime Houinato, Directeur régional d’ONU Femmes pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre. « Cessons de concevoir des systèmes pour ceux qui ont déjà accès, et commençons à bâtir pour celles qui, souvent hors des radars, soutiennent pourtant des familles entières. »

« Nous devons également construire des ponts durables entre le continent et sa diaspora », a-t-il conclu. « Il est temps de passer des transferts à la résilience. »

Contact auprès des medias :

ONU Femmes– Bureau regional pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre : [ Cliquez pour révéler ], +221 78 132 24 10