Discours de Mme Mireille Kamitatu, Directrice régionale adjointe lors de l'Atelier régional de formation des formateurs sur le cadre RESPECT
Date:
Discours d’ouverture Mireille Kamitatu
Directrice régionale ajointe du Bureau ONU Femmes pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre
Atelier régional de formation des formateurs sur le cadre RESPECT
[Seule la version prononcée fait foi]
Saly, 16 juin 2025
Mesdames, Messieurs,
Distingués partenaires,
Chers collègues,
C’est un honneur de vous accueillir ce matin à Saly, pour cette formation régionale des formateurs et formatrices sur le cadre RESPECT — la toute première en français, en présentiel, dans notre région. Permettez-moi, d’entrée de jeu, de saluer l’engagement fort de vos gouvernements, qui ont investi du temps, des moyens et de la volonté politique pour être présents ici aujourd’hui. Ce geste n’est pas anodin : il est une déclaration d’intention à lui seul.
Nous nous réunissons aujourd’hui dans un contexte régional marqué par des niveaux alarmants de violences faites aux femmes et aux filles. En Afrique de l’Ouest et du Centre, on estime au moins 4 femmes sur 10 ont subi des violences physiques ou sexuelles de la part d’un partenaire intime au cours de leur vie. Et ces chiffres ne disent pas tout. Car derrière les statistiques, il y a des vies brisées, des voix réduites au silence, des droits niés et des générations entières marquées par des traumatismes transmis.
Ces violences s’inscrivent dans un système plus large de déséquilibre des rapports de pouvoir entre les sexes, d’impunité institutionnelle, de pauvreté structurelle, de normes patriarcales enracinées.
À cela s’ajoute une résurgence inquiétante des mouvements conservateurs, qui remettent en cause les avancées obtenues de haute lutte par les mouvements féministes et les défenseur·e·s des droits humains. Nous sommes témoins, dans plusieurs pays de la région, de tentatives d’affaiblissement, voire d’abrogation, des protections juridiques contre les violences de genre. Dans le même temps, les ressources destinées aux politiques publiques de prévention s’amenuisent, et la société civile est confrontée à un climat de plus en plus hostile. Mais face à ces défis immenses, il y a aussi une vérité fondamentale : la violence à l’égard des femmes n’est pas inévitable. Elle est évitable.
Cette semaine, nous nous réunissons pour un objectif simple, mais ambitieux : renforcer notre capacité collective à prévenir les violences faites aux femmes et aux filles, à travers un cadre basé sur des preuves, une vision féministe, et des solutions ancrées localement. Les facilitateurs et facilitatrices entreront dans les détails du contenu, mais retenons ceci : le RESPECT n’est pas un manuel, c’est un changement de paradigme.
Nous voulons sortir de la logique d’urgence et de réaction. Nous devons ancrer la prévention comme un pilier à part entière de nos politiques publiques. Et pour cela, il faut des investissements. Il faut des données. Il faut des alliances stratégiques. Et surtout, il faut des leaders comme vous.
Nous savons que les reculs sont réels, et parfois brutaux. Dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre, en particulier francophones, nous assistons à des tentatives d’affaiblissement ou de suppression pure et simple des acquis juridiques et politiques en matière de droits des femmes. Ce n’est pas une fatalité. Et ce n’est pas une surprise non plus. Cela exige de nous une réponse stratégique et coordonnée.
C’est là que le CEVAWG de l’Union africaine entre en scène. Cette Convention continentale, adoptée en 2023, est notre cadre commun, notre boussole normative. Elle nous appelle à agir — pas seulement en paroles, mais en actes. Cet atelier s’inscrit directement dans la mise en œuvre du CEVAWG. Il s’agit de préparer un réseau de praticien·ne·s capables d’animer le changement sur le terrain, dans les communautés, dans les systèmes institutionnels, et dans les imaginaires collectifs. Nous ne sommes pas ici pour sensibiliser. Nous sommes ici pour outiller, organiser, et transformer.
Ce programme s’inscrit pleinement aussi dans la stratégie Push Forward d’ONU Femmes, qui cherche à amplifier les solutions locales éprouvées, à renforcer l’engagement politique, et à défendre l’égalité des sexes même en temps de recul. Il contribue également aux engagements de Beijing+30 et à la réalisation des Objectifs de Développement Durable, en particulier la cible 5.2 visant à éliminer toutes les formes de violence à l’égard des femmes et des filles.
Je vous invite à aborder cette semaine avec curiosité, rigueur et ambition. À partager vos expériences. À remettre en question ce qui semble établi. Et à repartir, non seulement formé·e·s, mais engagé·e·s.
Je vous souhaite une formation riche, collaborative et résolument tournée vers l’action.
Merci.
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