Mariama Moussa : Mon Combat pour Briser le Silence sur les Violences Faites aux Femmes au Niger
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Je m’appelle Mariama Moussa. Mon parcours est celui d’une femme qui a décidé de transformer une épreuve personnelle en un engagement pour les autres. Étudiante en sciences sociales, je me suis mariée par amour. Mais très vite, mon mariage a été marqué par les violences conjugales et s’est terminé par une répudiation. À ce moment-là, j’aurais pu me taire et essayer d’oublier. Mais j’ai choisi une autre voie : celle de me battre pour que d’autres femmes n’aient plus à subir ces violences dans le silence.
En 1998, j’ai fondé l’organisation SOS Femmes et Enfants Victimes de Violences Familiales (SOS FEVVF). À cette époque, parler publiquement des violences domestiques était encore un sujet tabou au Niger. Pourtant, je savais que de nombreuses femmes vivaient ces situations sans savoir vers qui se tourner. Avec mon équipe, nous avons voulu créer un espace d’écoute, de soutien et d’accompagnement pour les survivantes.
Depuis sa création, plus de 2 000 femmes et enfants ont été soutenus par SOS FEVVF. Nous accompagnons les survivantes en leur fournissant un appui psychosocial, juridique et médical, tout en facilitant leur accès aux services de santé, de police et de justice. Pendant longtemps, les femmes devaient se déplacer d’une institution à l’autre, entre centres de santé, commissariats, tribunaux pour obtenir de l’aide. Ce parcours était difficile et décourageant.
Aujourd’hui, grâce au renforcement des centres de prise en charge holistique mis en place par ONU Femmes Niger à travers le Spotlight Initiative financée par l’Union européenne, les survivantes peuvent accéder à plusieurs services essentiels dans un même espace : soins médicaux, accompagnement psychosocial, appui juridique et orientation vers les forces de défense et de sécurité, dans le strict respect du protocol universel de la gestion de cas. Dans ce dispositif, SOS FEVVF continue de jouer un rôle important d’accueil, d’écoute et d’orientation des survivantes.
Au fil des années, mon engagement a également été reconnu au niveau international. J’ai notamment reçu le Prix Women for Change de la Fondation Orange en 2014. J’ai aussi été associée au Premier Prix international pour l’égalité des sexes initié par le gouvernement finlandais, dont la lauréate était Angela Merkel. Dans un geste de solidarité, la chancelière a choisi de rétrocéder l’élément monétaire du prix à notre organisation. Grâce à ce soutien, nous avons pu construire à Niamey un refuge sécurisé pour les femmes victimes de violences et leurs enfants : la Maison de l’Espoir. Dans son discours, Angela Merkel avait qualifié notre organisation de « lueur d’espoir pour les femmes et les filles du Niger ». C’est cette phrase qui m’a inspirée pour donner ce nom au centre.
Aujourd’hui, la Maison de l’Espoir offre un hébergement temporaire et un accompagnement holistique aux femmes survivantes de violences et à leurs enfants. Au-delà de l’accueil, nous poursuivons également un important travail de prévention à travers des émissions radios, des conférences, des campagnes médiatiques et des dialogues avec les communautés afin de briser les tabous autour des violences basées sur le genre.
Le programme Spotlight a aussi permis de mettre en place des initiatives innovantes, comme les taximen ambassadeurs, formés pour reconnaître les signes de violences et orienter les survivantes vers les structures de prise en charge comme SOS FEVVF.
Plus de deux décennies après la création de mon organisation, je reste convaincue d’une chose : le silence ne protège pas les femmes, mais la solidarité et l’action peuvent changer des vies. Mon espoir est que chaque femme et chaque fille au Niger puisse vivre à l’abri de la violence, dans la dignité et le respect.
Cette histoire a été recueillie et rédigée par Fatimata Boubacar Seyni, Communication Analyst (Niger), dans le cadre de la campagne régionale Justice en action: Briser les barrières en Afrique de l’Ouest et du Centre.
Email: fatimata.seyni@unwomen.org
Tel: +227 96292979