Briser les barrières autour des difficultés d’accès à la justice au Niger
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À Niamey, capitale du Niger, deux sœurs ont vécu plus de 15 ans dans le silence d’un foyer marqué par l’inceste. Les violences sexuelles commises par leur père ont donné naissance à quatre enfants. L’une d’elles n’avait que 13 ans lorsque les agressions ont commencé.
Pendant des années, la peur, les menaces et la stigmatisation sociale ont empêché toute dénonciation. Lorsque les grossesses sont survenues, l’auteur a tenté de détourner les soupçons, exposant les jeunes filles à l’humiliation publique et à l’isolement.
« Je suis devenue la risée de tous, alors que c’est moi la victime », témoigne l’une d’elles.
Face au rejet et à l’absence de soutien, les deux sœurs ont fui en dehors de la capitale avant d’être orientées vers des services spécialisés à Niamey. Elles y ont été prises en charge par l’ONG SOS Femmes et Enfants Victimes de Violences Familiales (SOS/FEVVF), partenaire de mise en œuvre d’ONU Femmes au Niger.
Grâce à l’appui technique et institutionnel d’ONU Femmes, dans le cadre de la mise en œuvre de l’Initiative Spotlight financé par l’Union européenne, SOS/FEVVF a renforcé ses mécanismes de gestion de cas centrés sur les survivantes à travers le renforcement de : l’écoute confidentielle, l’assistance juridique, le suivi psychosocial sécurisé. Ce renforcement a permis d’engager des procédures judiciaires, malgré les résistances familiales avec l’autorisation des victimes.
L’affaire a été portée devant les juridictions compétentes et s’est soldée par la condamnation de l’auteur à plus de 15 ans d’emprisonnement. Une avancée majeure dans un contexte où l’inceste reste largement sous-déclaré et non reconnue comme une forme de violence.
Si justice a été rendue, les séquelles psychologiques demeurent et la stigmatisation sociale continue de peser sur les survivantes. Leur parcours rappelle que l’accès à la justice ne s’arrête pas au verdict : il exige un accompagnement durable et une transformation profonde des normes sociales.
Au-delà de ce cas illustratif, l’Initiative Spotlight a contribué à structurer un dispositif national coordonné de réponse aux violences faites aux femmes et aux filles. En partenariat avec les autorités et organisations locales, ONU Femmes a soutenu la réhabilitation et le renforcement opérationnel de centres de prise en charge holistique offrant des services intégrés de santé, juridique, psychosocial et de protection qui continuent de fonctionner au Niger, même après la clôture du programme.
Aujourd’hui, à travers les sensibilisations accrues, la démonstration des canaux de dénonciation de plus en plus de femmes savent vers quelles structures se tourner lorsqu’elles sont victimes de violences. Les deux sœurs, quant à elles, ont bénéficié d’un appui socio‑économique favorisant leur autonomisation et participent désormais aux activités de sensibilisation.
Pour amplifier ces acquis et garantir que chaque femme et chaque fille puisse accéder à la justice, l’engagement continu des partenaires techniques et financiers reste essentiel.
À l’occasion de la Journée internationale des femmes 2026, placée sous le thème « Droits. Justice. Action. Pour toutes les femmes et les filles », cette histoire illustre comment un investissement stratégique et coordonné peut transformer un parcours de violence en une dynamique de justice et de résilience.
Boubacar Seyni Fatimata, Analyste communication ONU Femmes Niger Email [ Cliquez pour révéler ] - Tel : 00227 96292979