Choisir d'être aux côtés des filles : le parcours de Sidi Haidara pour mettre fin aux mutilations génitales féminines au Mali.
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Pendant des années, Sidi Haidara pensait que les mutilations génitales féminines faisaient simplement partie de la vie. Comme beaucoup dans sa communauté, il considérait cette pratique comme un héritage transmis de génération en génération, une tradition qu'il fallait préserver.
Aujourd'hui, il parcourt les villages de la région de Mopti pour convaincre les familles qu'aucune tradition ne devrait compromettre les droits, la santé ou l'avenir d'une fille.
Son histoire dépasse largement son parcours personnel.
En Afrique de l'Ouest et du Centre, les mutilations génitales féminines demeurent profondément enracinées dans plusieurs pays. Le Mali présente l'un des taux de prévalence les plus élevés de la région : près de 89 % des femmes ont subi cette pratique. Face à une norme sociale aussi solidement ancrée, le changement commence souvent par des personnes que les communautés connaissent, écoutent et respectent.
« Je pensais autrefois que cette pratique faisait partie de nos traditions et qu'il fallait la préserver », confie-t-il.
Rien ne le prédestinait à devenir l'un des hommes qui encouragent aujourd'hui son abandon.
Son regard a commencé à évoluer lorsqu'il a participé aux formations, ateliers et dialogues communautaires organisés dans le cadre du projet « Les hommes et les garçons comme agents de changement », mis en œuvre par ONU Femmes avec l'appui financier du Gouvernement allemand. Au fil des échanges, il découvre les conséquences physiques, psychologiques et sociales des mutilations génitales féminines. Plus encore, il comprend qu'un changement durable ne peut être imposé de l'extérieur : il se construit dans le dialogue, l'écoute et la confiance.
« Les formations soutenues par ONU Femmes avec l'appui de l'Allemagne ont transformé ma compréhension des mutilations génitales féminines. J'ai découvert les conséquences physiques, psychologiques et sociales que cette pratique impose aux filles. Aujourd'hui, j'organise régulièrement des séances de sensibilisation auprès des familles, des leaders religieux, des jeunes et des femmes », explique-t-il.
Depuis, Sidi Haidara consacre son temps à échanger avec des parents, des leaders religieux, des jeunes et des femmes. Il ne cherche pas à imposer des réponses. Il ouvre des conversations, répond aux interrogations et invite chacun à réfléchir à ce que signifie protéger les filles.
Peu à peu, ces dialogues produisent leurs effets.
« Je constate un changement : davantage de parents posent des questions, plusieurs familles renoncent aux mutilations génitales féminines et les discussions sur la protection des filles sont désormais plus ouvertes. Je suis convaincu que protéger les filles aujourd'hui, c'est investir dans l'avenir de toute notre communauté. »
L'expérience de Sidi Haidara s'inscrit dans une dynamique plus large portée dans les régions de Mopti et de Gao. Avec le soutien du Gouvernement allemand, ONU Femmes accompagne des leaders religieux et traditionnels, des femmes, des jeunes et des hommes engagés afin qu'ils conduisent eux-mêmes des initiatives locales pour prévenir les violences faites aux femmes et aux filles et remettre en question les pratiques néfastes.
À ce jour, cinquante initiatives communautaires ont été mises en œuvre dans les deux régions, tandis que huit cadres de concertation permettent aux communautés d'échanger sur les droits des filles, leur protection et les moyens de prévenir les violences basées sur le genre.
Pour Sidi Haidara, abandonner une pratique néfaste ne consiste pas simplement à renoncer à une tradition. C'est permettre aux filles de grandir en sécurité, de poursuivre leur scolarité et de construire librement leur avenir.
Son parcours montre que les changements les plus durables naissent souvent lorsque les personnes qui étaient autrefois les gardiennes des normes sociales deviennent elles-mêmes les artisans de leur transformation.
Sidi Haidara sait que les traditions ne changent pas du jour au lendemain. Mais chaque conversation ouvre un nouvel espace de réflexion. Chaque famille qui choisit de protéger sa fille écrit une histoire différente de celle des générations précédentes.
À Mopti comme à Gao, ces dialogues montrent qu'un changement durable ne commence pas toujours par une loi ou une politique publique. Il prend souvent naissance lorsqu'une communauté décide, ensemble, d'imaginer un avenir différent pour ses filles.