Au Mali, moins de temps consacré aux tâches domestiques, plus d'opportunités pour les femmes et les filles.
Date:
Pour de nombreuses femmes au Mali, le temps est une ressource rare. Entre les tâches ménagères, la préparation des repas, la transformation des produits alimentaires et les soins apportés aux enfants, aux personnes âgées ou aux proches malades, une grande partie de chaque journée est consacrée à un travail indispensable, mais non rémunéré. Autant d'heures qui ne peuvent être consacrées à l'éducation, à une activité économique ou à la participation à la vie publique.
À Sicoro-Sourakabougou, dans le district de Bamako, cette réalité commence à évoluer. Grâce à des moulins à mil alimentés à l'énergie solaire, les femmes consacrent moins de temps à la transformation des céréales, l'une des tâches les plus exigeantes de leur quotidien. Associés à des formations en gestion associative, en transformation agroalimentaire et à l'entretien des équipements, ces investissements leur permettent de développer leurs activités économiques, de renforcer leur autonomie et de participer davantage à la vie communautaire, notamment au sein du centre de santé communautaire.
« Je faisais de la transformation de produits et rien de plus. Grâce à cette formation, j’ai appris et compris comment vendre pour faire des bénéfices. Maintenant, je peux fixer mes prix et payer mes employé·es. Je souhaite que chaque femme puisse faire quelque chose de ses mains afin de gagner de l’argent. Mon projet est de former plusieurs autres femmes dans la transformation alimentaire, la bonne hygiène et d'assurer une autosuffisance alimentaire », a expliqué Mme Galédou Ina Kéïta, bénéficiaire de la formation et restauratrice à Koulouba (un quartier de Bamako).
Ce changement reflète une réalité nationale. Selon l'Observatoire National du Dividende Démographique (ONDD), le travail domestique et de soins non rémunéré représentait 3 780 milliards de FCFA, soit 23,9 % du PIB du Mali en 2022. Les femmes en assument l'essentiel, avec une contribution estimée à 3 090 milliards de FCFA, contre 5,5 % du PIB pour les hommes. Elles consacrent près de quatre fois plus de temps que les hommes à ces tâches. À Bamako, elles y passent en moyenne 4,92 heures par jour, contre seulement 0,69 heure pour les hommes.
Longtemps considéré comme une responsabilité privée, le travail de soins est aujourd'hui reconnu comme un levier de développement. Lorsqu'il repose presque exclusivement sur les femmes, il freine leur autonomisation économique et accentue les inégalités. Les effets du changement climatique renforcent encore cette pression, tandis que des investissements dans les infrastructures, les services et les politiques de soins permettent simultanément d'améliorer le bien-être des ménages, de favoriser l'inclusion économique des femmes et de renforcer la résilience des communautés.
Pour répondre à cet enjeu, ONU Femmes accompagne les collectivités territoriales, les services techniques, les organisations de la société civile et les leaders communautaires afin d'intégrer le travail de soins dans la planification et les budgets locaux. Une initiative pilote a déjà permis de renforcer l'intégration de solutions durables de soins et de l'action climatique dans le plan de développement économique, social et culturel de la Commune VI de Bamako. Le Directeur général de l’Agence régionale de Développement Régional (ADR) de Bamako, Hamadou Yalcouyé atteste que “faire du travail domestique et de soins non rémunéré une priorité des politiques et des budgets locaux, c’est investir directement dans l’égalité de genre, l’autonomisation économique des femmes et la résilience des collectivités”.
Au cœur de cette approche se trouve le principe des 3R : Reconnaître, Réduire et Redistribuer le travail domestique et de soins non rémunéré. En faisant du travail de soins une priorité des politiques publiques, les collectivités disposent d'un levier concret pour promouvoir l'égalité de genre, accélérer l'autonomisation économique des femmes et construire des communautés plus résilientes.
Cette dynamique s'inscrit dans les réformes engagées au niveau national. En 2024, le Mali a adopté une feuille de route en faveur du travail de soins non rémunéré et créé un comité chargé d'en suivre la mise en œuvre. ONU Femmes accompagne également le Gouvernement dans l'intégration du genre au sein des politiques climatiques, notamment dans le cadre de la Contribution Déterminée au niveau National (CDN 3.0).
À Sicoro-Sourakabougou, les heures gagnées représentent bien plus qu'un gain de temps. Elles offrent davantage de possibilités d'entreprendre, de participer à la vie de la communauté et de construire un avenir où le travail de soins est reconnu comme un moteur de l'égalité de genre, du développement local et de l'action climatique.