Mettre fin aux VSBG en RDC : « Nous les portons dans nos cœurs, les encourageons et avançons ensemble »

Carine Kaku est Militante engagée pour la défense des droits humains, particulièrement ceux des femmes et des filles et partenaire d’ONU Femmes RDC. Elle est directrice de DYNAFEC RDC, la Dynamique Nationale des Femmes Candidates, une organisation féminine à but non lucratif créée pour encourager la participation politique de la femme et lutter pour la promotion et protection des droits des femmes et la consolidation de la paix. Carine a rejoint ONU Femmes RDC pour parler de l'importance des 16 jours d'activisme, de mettre fin aux VSBG et du rôle que la participation politique des femmes y joue.

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Mme Carine Kanku, directrice de DYNAFEC RDC et activiste pour les droits des femmes et des filles. Photo: ONU Femmes / Marina Mestres Segarra
Mme Carine Kanku, directrice de DYNAFEC RDC et activiste pour les droits des femmes et des filles. Photo: ONU Femmes / Marina Mestres Segarra

On parle toujours de l'importance de la participation politique de la femme. Récemment, de nombreuses femmes de DYNAFEC ont été nommées maires et bourgmestres dans différentes villes à travers la RDC. Que pensez-vous que cette réalisation signifie pour les femmes congolaises ?

En tout cas, beaucoup de joie, surtout compte tenu de l'histoire de DYNAFEC. Nous n'avons pas décollé tout de suite, mais nous avons décidé de ne pas craindre l'échec. Lorsque nous avons lancé la structure, pendant les élections de 2018, beaucoup de femmes se sont présentées aux élections et n'ont pas réussi. C'était une énorme déception après tout ce que nous avions fait, mais nous avons décidé de regarder vers l'avenir.

Nous avons continué à apprendre et à renforcer nos capacités. Au début c'était juste nous les femmes ensemble. On nous a aidées à nous renforcer du point de vue technique, notamment ONU Femmes, et nous avons commencé à préparer les élections. Nous avons commencé à nous intéresser aux postes nominatifs de femmes politiques. Nous avons appris à mettre en place des stratégies et à nous positionner au sein des partis.

La leçon était de ne pas laisser l'échec nous faire perdre espoir. Et on commence vraiment à voir les femmes en RDC prendre le pouvoir dans la gestion.

Comme vous le savez, le chef de l'Etat l'a dit une fois qu'il aimerait même voir après lui une femme occuper ce poste, c'est pour dire que le moment est propice en RDC pour qu'on aille de l'avant. Qu'on amène le leadership féminin plus haut, même jusqu'au sommet de l'Etat. Et je suis très contente de voir qu'on compte avec DYNAFEC dans cette mise en place pour ce renouvellement de la classe politique.

Nous sommes au milieu des 16 jours d'activisme pour mettre fin aux violences faites aux femmes et aux filles. Qu'est-ce que vous pouvez nous dire sur les violences basées sur le genre en RDC ?

On a encore beaucoup de pas à franchir dans la réduction de ces violences.

Nous sommes vraiment solidaires des femmes de l'Est. Les violences sont souvent généralisées, mais les femmes et les filles sont toujours doublement touchées. Même dans la province de Kinshasa, nous entendons parler de cas horribles dans de nombreuses communautés. Heureusement, nous avons de plus en plus de mécanismes pour réduire ces violences dans le pays.

Mais il y a un gros travail à faire dans les communautés pour éliminer lesdites violences, et un grand pas serait d'avoir des femmes dans les sphères décisionnelles. La représentation féminine reste faible, mais nous avançons vers une masculinité positive. Une progression timide, mais toujours en avant.

Nous avons une grande opportunité en 2023 pour accélérer cela, avec les élections générales. Nous nous sommes battues, notamment DYNAFEC, pour une loi électorale consacrée à la parité au sein des institutions politiques. Désormais l'article 13 encourage la représentation de 50% de femmes. Le respect de l'égalité des sexes dans la loi est la première étape pour mettre fin à la violence à l'égard des femmes et des filles. Nous devons arrêter de nous disputer, de prétendre que les femmes ne sont pas prêtes.

Nous avons les compétences, la détermination et nous sommes prêtes pour prendre les positions de pouvoir.

Quelle est selon vous l'importance des campagnes de plaidoyer telles que les 16 jours d’activisme, pour mettre fin aux violences sexuelles et basées sur le genre ?

C’est pour nous une opportunité d'attirer l'attention sur la vie des femmes politiques au sein de ces institutions politiques. Pour dire qu'il faut mettre fin aux stéréotypes. Pour dire qu'il faut mettre fin aux pesanteurs culturelles. On ne doit pas toujours réduire les femmes à des rôles sociaux, même au sein des partis politiques. Nous accueillons avec joie cette campagne et on l'attend toujours pour qu'on puisse s'exprimer, dénoncer toutes ces violences.

Les mariages précoces sont une épidémie en RDC. Comment vous considérez que le mariage précoce empêche les femmes de monter dans les postes décisionnels et affecte les inégalités du pays ? 

On fait encore allusion à la politique. C'est vraiment un fléau qu'il faut dénoncer.

Je garde toujours le contact avec les femmes des différentes régions de l'intérieur du Congo et c'est la première forme de violence dont on entend toujours parler. Quand on rencontre les filles, elles semblent être enchaînées, parce que quelquefois, elles ne se rendent pas compte qu'elles subissent ces violences. Il faut du temps pour leur faire comprendre.

Nous avons une loi qui interdit aux filles de se marier avant l'âge de 18 ans. On n'entend pas seulement parler de mariages des mineures, mais de mariages d'enfants, des familles qui décident de marier leur fille ou leur fils de moins de 18 ans. Nous avons besoin que nos leaders communautaires agissent dans le Congo profond, car ce sont eux qui décident avant les familles.

Je peux donner un petit témoignage. J'ai été candidate aux élections de 2018 dans la circonscription de l'analogique, avant qu'il y ait ce système d'enseignement gratuit. J'ai monté un petit projet visant à scolariser une dizaine de jeunes. Je voulais avoir sept filles et trois garçons. Mes points focaux m'ont dit : Madame, vous devez faire le contraire. Et j'ai dit : pourquoi dois-je faire le contraire ? Mon projet ce sont sept filles, trois garçons. Ils m'ont dit que ce n'était pas possible; les écoles sont trop éloignées de l'endroit où vivent les filles et on pense que si elles doivent aller très loin, elles peuvent tomber enceintes. Il y a des gens, pas forcément les parents biologiques, qui doivent prendre leur dot et ne veulent pas prendre ce risque. Ainsi, les filles sont exclues de l'éducation et mariées alors qu'elles sont mineures.

Tout n'est pas mauvais dans nos coutumes, mais tout ce qui est rétrograde et négatif doit être repoussé pour permettre aux filles de s'épanouir. Car tant que nous négligerons le potentiel des filles et des femmes, la RDC ne réalisera pas vraiment le sien.

Une fille qui devient mère alors qu'elle est encore jeune, se verra dire de profiter au maximum de son temps et d'avoir le plus d'enfants possible le plus rapidement possible. Elle n'a pas le temps de travailler sur son propre développement et ses ambitions.

Nous devons amplifier le message selon lequel laisser une fille étudier n'est pas antinomique au mariage. Elle peut étudier et décider plus tard de se marier et de rester indépendante. Certaines femmes sont déjà contre cette pratique, quoique y adhèrent en souffrant. Nous voulons porter leurs voix.

Ce sont des choses que parfois même les intellectuels d'ici encouragent parce qu'elles font partie de nos coutumes. Nous devons évoluer. Tout n'est pas mauvais dans nos coutumes, mais tout ce qui est rétrograde et négatif doit être repoussé pour permettre aux filles de s'épanouir. Car tant que nous négligerons le potentiel des filles et des femmes, la RDC ne réalisera pas vraiment le sien.

Avez-vous un message à donner aux filles et femmes qui souffrent des violences basées sur le genre et des violences sexuelles ?

D'abord, j'ai un message à leur donner : nous partageons leur souffrance. On sait à quel point elles se sentent déstabilisés, tant physiquement que psychologiquement. Elles deviennent souvent des doubles victimes. Beaucoup de femmes mariées sont violées. Ensuite, lorsque leur mari revient dans la communauté, les pratiques traditionnelles dictent que la femme ne peut plus retourner sous le toit conjugal et qu'elle doit payer des amendes.

Nous sommes ensemble et nous demandons que cela se termine maintenant.

Mais je veux aussi que ces femmes sachent que ce n'est pas la fin de leur vie. Elles peuvent avancer. C'est certainement une expérience incroyablement difficile, mais il reste encore un long chemin à parcourir. Elles peuvent aller de l'avant et obtenir du soutien ; chez DYNAFEC, nous tendons la main à des partenaires nationaux et internationaux pour obtenir un travail de soutien psychosocial nécessaire aux individus et à la communauté, ainsi qu'un soutien économique afin que ces femmes puissent reprendre courage.

Nous ne cesserons jamais de les admirer. Elles sont fortes, elles se relèvent. Ce sont nos héroïnes et elles vont au-delà. Nous les portons dans nos cœurs, les encourageons et avançons ensemble.