Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes

Le Numéro vert aide à prévenir les violences basées sur le genre au Mali

Date : lundi 30 novembre 2015

Aujourd’hui M. X est un oncle qui s’estime heureux du fait que sa nièce, une petite fille de quatre ans, a pu échapper à un acte de violence sexuelle grâce au numéro vert établi par ONU Femmes en partenariat avec la Police Nationale au Mali.

The Control Centre’s free hotline began operation in March 2014 and is available throughout Mali and around the clock.
Photo: Mali National Police

En effet c’est à 19h05 le 27 mai 2015, que les opérateurs du Centre d’Appel recevaient l’appel de la Commune I du District de Bamako qui reportait un cas suspect de viol d’une petite fille de quatre ans. M. X confirme qu’en moins d’une quinzaine de minutes, les agents de la police arrivaient à mettre la main sur le suspect, réputé être un violeur en séries. Après l’arrestation du suspect, M. X affirme également de l’orientation reçue pour la prise en charge sanitaire de la victime, où les examens suggéraient des actes d’attouchements sexuels, mais pas de viol.

Si le pire a pu être évité dans cette situation, tel ne sera, malheureusement, pas le cas pour des milliers d’autres femmes et filles maliennes qui sont victimes de violences basées sur le genre. Cinq cent soixante-quinze et 1 002 femmes battues étaient reportées respectivement en 2005 et 2009, selon l’Association des Femmes Battues—et ces statistiques étaient recensées dans une situation de relative paix au Mali.

Or, il est connu que les conflits augmentent encore d’avantage les risques de violences à l’égard des femmes et des filles. La pratique de l’utilisation du sexe comme arme de guerre est une des principales manifestations de ces violences en zone de conflit. Selon l’UNFPA, 30 pour cent des filles réfugiées sont violées en situation de crise humanitaire pendant leur fuite entre leur zone d'origine et leur camp ou pays d'accueil. Pour le Mali, qui sort d’un conflit armé multidimensionnel qui aurait duré plus de trois ans, 3 330 cas de violences basées sur le genre, dont 321 cas de violences sexuelles et 353 cas de violences physiques étaient reportés en 2013 par le Groupe Sectoriel en Charge et l’UNFPA. 

Young girls at the launch of the free hotline for reporting reporting gender-based violence in Mali. Photo: Mali National Police
Photo: Mali National Police

Pour le Représentant d’ONU Femmes au Mali, Maxime Houinato : « la Paix est indispensable pour amorcer le relèvement et la croissance, mais elle ne peut être envisagée au détriment des femmes, ... Nous devons tous œuvrer pour punir les crimes imprescriptibles qu’elles ont subis et subissent encore ».

Ainsi, pour apporter des mesures idoines de lutte et de prévention des violences basées sur le genre au Mali, et particulièrement réduire les risques d’escalade de la calamité en situation de crise et de post-crise, ONU Femmes en partenariat avec la Police Nationale du Mali, a ainsi décidé d’ouvrir un Centre d’Appel et D’Orientation des Femmes et de Filles Victimes de Violences basées sur le Genre.

Opérationnel depuis mars 2014, le Centre fournit les services d’accueil, d’orientation et de prise en charge des survivantes de violences basées sur le genre. Cependant le produit phare demeure le Numéro vert 80333 qui couvre l’ensemble du territoire et fonctionne 24 heures sur 24. Opéré par les agents de police, il sert à recevoir et traiter les appels de détresse et autres cas dénonçant les actes de violences basées sur le genre au Mali.

L’initiative est le fruit du partenariat établi en 2013 entre ONU Femmes et la Police Nationale du Mali et financée par le Royaume des Pays Bas dans le cadre du Programme d’Assistance aux Femmes et aux Filles affectées par la Crise, leur Réhabilitation et Pleine Participation aux Processus de Paix. 

Young boys at the launch of the free hotline for reporting reporting gender-based violence in Mali. Photo: Mali National Police
Photo: Mali National Police

« Le numéro vert est un instrument qui va aider le Gouvernement du Mali dans ses efforts de lutte contre les VBG et la prise en charge des victimes…un combat que nous menons depuis longtemps » témoigne Mme Touré Yaba Tamboura, Conseillère Genre au Ministère de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Femme.

Entre mars et décembre 2014, 506 cas de violences basées sur le genre ont ainsi été recensés, et de janvier à aout 2015, 330 cas. L’Inspecteur de Police Broulaye Traoré, qui assure l’intérim du Directeur du Centre, précisait qu’à ce jour la majorité des appels venaient des femmes. 

Les cas urgents de détresse sont immédiatement affectés au Commissariat de Police le plus proche de la victime pour les procédures judiciaires adéquates dès réception. Aussi, des situations sont souvent référées à un autre partenaire l’Association pour la Défense des Droits des Femmes au Mali (APDF), qu’ONU Femmes appuie depuis 2013 pour la charge holistique des survivantes de violences basées sur le genre, particulièrement dans l’accompagnement judiciaire et la réinsertion économique à travers les activités génératrices de revenus.

Afin d’assurer la qualité de l’accueil et du service fournis par les opérateurs, ONU Femmes met un accent particulier sur la formation des agents de Police, les opératrices et opérateurs de la ligne ainsi que leurs superviseurs et autres intervenants sur les concepts du genre et les actes de violences basées sur le genre.

Les opérateurs, suggèrent de chercher de nouveau canaux et moyens de sensibilisation, car selon eux le nombre d’appels reçus ne reflèterait pas réellement l’ampleur du fléau dans le pays. En plus du Centre d’Appel de Bamako, quatre autres centres ont été installés dans le pays, dans la Région centrale de Mopti, au Sud à Sikasso, et dans les régions Nord de Gao et Tombouctou.

Liens connexes
Mali: Aider les rescapées de viols à s’exprimer