Les jeunes prennent la relève : Les droits de la femme au Burundi, avant et après la conférence de Beijing

Dans le cadre de la campagne « Génération égalité : pour les droits des femmes et un futur égalitaire » lancée par ONU Femmes pour marquer le 25ème anniversaire de la déclaration et du programme d’action de Beijing, focus sur une discussion intergénérationnelle. Marleine Kubwayo, 24 ans, militante des droits des femmes, rencontre Marguerite Bukuru, sexagénaire, ancienne Ministre de la Condition de la femme et activiste des droits des femmes depuis les années 1980. Cette dernière a participé à la conférence de Beijing en 1995.

Date : vendredi 23 avril 2021

Marleine Kubwayo interviewe Marguerite Bukuru

Credit Photo : ONU Femmes Burundi

Marleine Kubwayo avait seulement quelques mois quand la déclaration et la plateforme d’action de Beijing a été adoptée. 25 ans après, elle sent que la plateforme d’action de Beijing a apporté un grand changement pour les femmes burundaises. Elle fait, notamment, allusion à l’acquis d’une constitution qui garantit aux femmes un minimum de 30% dans les institutions politiques, à la création des organisations féminines ainsi que la mobilisation des femmes pour la création des activités génératrices de revenus.

Elle remarque néanmoins les efforts qu’il reste à fournir pour une parité parfaite entre hommes et femmes (50 /50).  « Et même si les 30% sont acquis, on ne les retrouve pas dans tous les domaines », dit-elle. 

Marleine constate aussi que les mentalités rétrogrades vis-à-vis de la femme n’ont pas encore changé. Parmi les préoccupations les plus pressantes pour les jeunes femmes aujourd’hui, elle évoque l’abandon scolaire à cause des grossesses non désirées, ainsi que le poids des responsabilités familiales qui empêche les femmes de s’engager facilement en politique. « Il faut revoir la notion de partage des tâches entre les hommes et les femmes », conclut-elle.

Marguerite Bukuru, discutant avec Marleine des droits de la femme burundaise avant et après Beijing

Credit Photo : ONU Femmes Burundi

Quand et pourquoi vous êtes devenue activiste des droits de la femme ?

Je suis devenue activiste des droits de la femme depuis avril 1980 pour une raison simple : à la sortie de l’Université, j’ai eu un poste de conseiller juridique du Ministre de la condition féminine. J’étais alors chargée de répertorier les lois discriminatoires à l’égard de la femme mais aussi de proposer des changements. Comme je recevais des femmes qui avaient des doléances auprès du Ministre, j’ai acquis une sensibilité à la cause de la femme. L’engagement de cette femme Ministre m’a aussi beaucoup entrainé. Plus tard je suis devenue DG du ministère de la Condition féminine et j’ai mis en place un service conseil et orientation juridique pour les femmes. Ensuite je suis devenue Ministre de la condition féminine. Et après j’ai travaillé dans les droits de l’homme. Donc vous comprenez c’est une succession d’évènements qui m’ont amené à prendre conscience des droits de la femme, à les promouvoir et à les défendre.

Quel a été le plus grand changement pour les femmes au Burundi depuis l'adoption du Programme d'action de Beijing ?

Il y a eu un grand pas. Si je remonte à l’époque où les femmes n’avaient pas le droit de faire soigner leurs enfants sur leur carte mutuelle, n’avaient pas droit aux indemnités de logement, voire le droit de travailler sans l’autorisation de leurs maris, etc.

Je pense qu’avant la conférence de Beijing il y a eu un pas. Mais la conférence de Beijing est venue marquer une amélioration plus importante dans ce sens que l’on a reconnu que la femme est une partenaire très importante dont il faut tenir compte et qu’il faut donc une égalité des sexes, mais aussi viser son autonomisation.   Donc, Beijing a conduit le Burundi à avoir une plateforme, un minimum de 30% de représentativité des femmes dans les secteurs politique au gouvernement, dans l’administration et à l’assemblée nationale et au sénat.  Ça c’est vraiment important, car nous n’avons pas encore acquis le réflexe de placer les femmes. Il faut donc qu’il y ait des garanties institutionnelles. Et ces garanties institutionnelles se retrouvent dans la constitution après l’accord d’Arusha de 2000. Je dois dire, en passant que les femmes burundaises ont été des forces de changement par leur participation, entant qu’observatrices dans négociations d’Arusha.   On voit aussi qu’il y a la résolution 1325 du CSNU dans laquelle le Burundi est vraiment engagé. Les femmes burundaises ont fait un plan d’action pour la mise en œuvre de cette résolution 1325 pour l’implication des femmes dans la résolution des conflits armés. Et au niveau économique on voit des initiatives ici et là pour l’autonomisation des femmes.   Il y a eu beaucoup d’initiatives et on voit que les femmes ont de plus en plus confiance en elles pour participer même au bien-être de la famille, des ménages et de toute la société.

______

Cet article appartient à une série éditoriale spéciale dans le cadre de la campagne Génération Egalite. La série intergénérationnelle met en lien les activistes en faveur de la jeunesse et les activistes vétérans dans la lutte pour les droits des femmes. Elle explore les perspectives intergénérationnelles possibles pour les problématiques d'aujourd'hui.